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mardi, 30 mai 2006
Nicolas Sarkozy donne sa vision d’un projet pour « la France nouvelle »
En pleine affaire Clearstream, Nicolas SARKOZY continue de marquer sa différence. Tandis que ses proches faisaient de plus en plus ouvertement pression pour changer de Premier ministre, le président de l’UMP a prononcé hier soir à Nîmes un véritable discours de candidat à l’Elysée, sur le thème de la « France ». Faisant le portrait d’une France qui « souffre », accusant « l’immobilisme » d’être la cause de tous les maux, le numéro deux du gouvernement a promis de « réconcilier la France avec son temps ».
VIE POLITIQUE
Alors que le Premier ministre est affaibli par l'affaire Clearstream, le président de l'UMP s'est attaché hier soir à marquer sa différence. A Nîmes, il a prononcé un véritable discours « pour la France » de candidat à l'Elysée.
Sarkozy promet la rupture pour relever la France
Pendant que ses troupes engagent un bras de fer sans précédent avec les chiraquiens sur fond d'affaire Clearstream, Nicolas Sarkozy, lui, parle de « la France ». Quelques heures à peine après avoir été entendu en tant que partie civile par le juge Jean-Marie d'Huy (lire page 20), le président de l'UMP a prononcé hier soir, à Nîmes, un discours digne d'un candidat à la présidence de la République.
Comme s'il n'était pas membre du gouvernement et voulait prendre de la hauteur avec ces « apprentis comploteurs » qui cherchent à le « salir » par leurs « misérables machinations », menaçant de couler toute la droite par le fond à un an des élections. « Cette politique-là ne doit pas avoir droit de cité dans notre République », a-t-il asséné, promettant de « tourner le dos à des pratiques indignes de la République française ». Pas une seule allusion à Matignon, qu'une rumeur entretenue par ses fidèles lui attribue déjà. Nicolas Sarkozy n'a pas évoqué d'éventuel départ du gouvernement, pas plus qu'il n'a annoncé sa candidature dans la course à l'Elysée. Mais il a cité « la France » à plus de 110 reprises, utilisant - pour la première fois avec une telle insistance - une phraséologie chère à Dominique de Villepin.
« Vertige destructeur »
Manière de corriger le tir alors que ses détracteurs l'accusent de s'adresser aux Français plutôt qu'à la France, c'est-à-dire d'être un démagogue naviguant au gré de l'opinion. Manière, au passage, de positiver son discours de « rupture ». « Je n'ai pas consacré ma vie à la politique pour détruire, pour dénigrer, pour défaire. Le devoir d'un responsable politique digne de ce nom, il est bien de construire pour l'avenir de chaque Français et pour l'avenir de la France », a-t-il insisté.
Poursuivant le numéro d'équilibriste entamé à la fin de mars à Douai en pleine crise du CPE, le ministre Sarkozy s'est échiné à marquer ses distances avec cette classe politique accusée - même s'il y appartient - d'avoir « abîmé » le pays en privilégiant, depuis trente ans, les « mots » aux « actes ». Il a étrillé ceux « qui se contentent de chercher à rendre supportables les défaillances, les injustices et les inégalités ». Eux seuls sont, à ses yeux, responsables du « vertige destructeur » dont est victime le pays.
Le président de l'UMP a dessiné, non sans souffle, le portrait d'une France « à l'exceptionnel destin », qui « a toujours triomphé du mal » mais qui « souffre » aujourd'hui, comme privée de repères. « Combien sommes-nous à avoir mal à la France ? », a-t-il interrogé, refusant de laisser à l'extrême droite « le monopole du mot patrie ». Il s'est défendu d'être le « déclinologue » jadis raillé par Dominique de Villepin. « Il y a beaucoup plus de respect et d'amour de la France chez ceux qui ont le courage de dire que ça ne va pas bien chez nous, qui refusent béatement de voir les retards que nous accumulons », a-t-il affirmé.
Nicolas Sarkozy a identifié l'ennemi : « l'immobilisme ». Dans ces circonstances, la « rupture » ne doit pas faire peur. Les Français sont « prêts aux efforts nécessaires pour peu qu'on leur propose un projet collectif et un calendrier crédible », a-t-il assuré. Reste une question : peut-on ainsi prôner la rupture et être un acteur clef du quinquennat de Jacques Chirac ? Pas de réponse.
PIERRE-ALAIN FURBURY
LES ECHOS – Le 10 mai 2006
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